Géothermie et chaleur renouvelable : la France accélère la révolution thermique.

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Avec la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE3), le sous-sol devient un pilier stratégique de la souveraineté énergétique.

Adoptée le 12 février 2026, la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) trace la nouvelle feuille de route énergétique de la France. Dans un contexte d’urgence climatique et de quête de souveraineté énergétique, elle confirme l’objectif d’atteindre 70 % d’énergie décarbonée d’ici 2035 et d’engager une sortie progressive des énergies fossiles.

Si l’attention médiatique se porte souvent sur l’électricité, la PPE3 place un levier longtemps resté discret au cœur de la stratégie nationale : la chaleur renouvelable. Chauffage des bâtiments, eau chaude sanitaire, usages industriels… la chaleur représente une part majeure de la consommation énergétique française. Sa décarbonation constitue donc un enjeu structurant de la transition.

La géothermie : un potentiel considérable à accélérer

La PPE3 souligne clairement que l’atteinte des objectifs en matière de géothermie suppose une forte accélération du rythme de développement des projets d’ici 2030. Le document démontre que la dynamique actuelle reste inférieure à celle anticipée dans la précédente programmation. Il appelle ainsi à un renforcement significatif des capacités humaines et matérielles de la filière.

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Les estimations du BRGM rappellent l’ampleur du potentiel : la seule géothermie de surface pourrait fournir jusqu’à 100 TWh de chaleur d’ici 15 à 20 ans. Pourtant, les objectifs fixés par la PPE3 demeurent mesurés :

  • 15 à 18 TWh en 2035 pour la géothermie de surface ;
  • 8 à 10 TWh en 2035 pour la géothermie profonde.

La stratégie distingue deux segments complémentaires :

  • La géothermie de surface, mobilisant la chaleur du sous-sol à faible profondeur grâce à des sondes couplées à des pompes à chaleur, adaptée aux bâtiments résidentiels, tertiaires et aux petits réseaux.
  • La géothermie profonde, exploitant des aquifères situés à plusieurs centaines ou milliers de mètres, capable d’alimenter durablement de grands réseaux urbains.

Des moyens structurants pour lever les freins

Pour la géothermie profonde, la PPE3 identifie un enjeu central : l’amélioration de la connaissance du sous-sol. Cela passe par l’analyse des données existantes à l’échelle régionale et par de nouvelles acquisitions destinées à mieux caractériser les aquifères cibles et sécuriser les investissements.

La mise en œuvre du plan d’action national géothermie constitue un autre pilier. Chaque préfet de région est chargé de définir et déployer trois actions adaptées aux spécificités locales. Le suivi des mesures issues de la « mission commando » sera intégré à la gouvernance du plan national, afin d’assurer cohérence et efficacité.

Réseaux de chaleur et de froid : un changement d’échelle

La montée en puissance des réseaux de chaleur et de froid renouvelables constitue l’un des axes majeurs de la PPE3.

Les objectifs sont ambitieux :

  • Chaleur : jusqu’à 53 TWh en 2030 (dont 39,5 TWh d’EnR&R), puis entre 68 et 90 TWh en 2035 (dont 54,5 à 72 TWh d’EnR&R).
  • Froid renouvelable : jusqu’à 2 TWh en 2030, puis entre 2,5 et 3 TWh en 2035.

Pour atteindre ces cibles, plusieurs leviers sont mobilisés :

  • Incitation des communes et intercommunalités de plus de 5 000 habitants disposant d’un potentiel à réaliser des études de faisabilité.
  • Obligation pour les EPCI de plus de 45 000 habitants d’élaborer des plans locaux d’approvisionnement en chaleur et en froid.
  • Maintien du soutien via le Fonds Chaleur, avec une incitation à étudier des alternatives à la biomasse.
  • Rappel du rôle du classement des réseaux alimentés à plus de 50 % par des EnR&R, permettant de rendre obligatoire le raccordement dans les zones prioritaires.

Des mesures complémentaires sont également envisagées : création de boucles d’eau chaude secondaires dans les bâtiments collectifs, objectifs renforcés de raccordement dans les grandes opérations d’aménagement et conditionnement accru des financements publics au recours à la chaleur décarbonée.

Pompes à chaleur : un levier industriel et résidentiel

La PPE3 confirme l’objectif de produire un million de pompes à chaleur par an d’ici 2027. Elle prévoit la mise en place d’un cadre stable de long terme pour orienter durablement le marché vers des solutions bas-carbone.

Un plan spécifique vise à accélérer le déploiement des pompes à chaleur en habitat collectif, tandis qu’un Centre d’expertise sur la pompe à chaleur (CEPAC) sera créé à court terme afin de structurer les compétences et soutenir l’innovation.

Un pilier discret mais décisif pour 2035

En plaçant la chaleur renouvelable au cœur de sa stratégie, la PPE3 acte une évolution majeure : la transition énergétique ne se joue pas uniquement sur le terrain de l’électricité.